UNE STABILITÉ GLOBALE DES ACHATS DE PESTICIDES AGRICOLES EN 2021 DANS LE DEPARTEMENT DE LA CHARENTE-MARITIME
Une contamination toujours aussi destructrice du vivant
Le 30 janvier 2023, ont été rendus publics les achats de pesticides de l’année 2021.
De nouveau, en Charente-Maritime, nous déplorons aucune progression significative vers une meilleure prise en compte des milieux naturels dans la pratique agricole. La transition agroécologique continue à relever de l’incantation et de promesses pour le futur… à quel horizon ? Après une multitude d’études conduites depuis une décennie, combien d’autres seront encore nécessaires, alors que le temps est compté ! D’année en année, la biodiversité se dégrade un peu plus, et les quelques transitions individuelles ne peuvent occulter l’immobilisme actuel, alors que l’urgence est là.
Totalisant 1 858 tonnes de substances pesticides achetées toutes classifications confondues, le département se situe à la cinquième place des départements français mais rétrograde à la septième position lorsque seules les substances les plus toxiques, celles soumises à la redevance pour pollutions diffuses (RPD), sont prises en compte, avec un tonnage de 1 174 tonnes. L’année précédente, le département occupait la quatrième position.
La Charente-Maritime a une surface agricole de 440 000 ha, dont 19 800 ha sont cultivés en agriculture biologique. Elle comprend 48 200 ha de prairies et 41 714 ha en cultures de vignes. 54 % de la surface totale du département sont impactés directement par des épandages de pesticides non utilisables en agriculture biologique, avec une forte dispersion dans l’atmosphère et dans l’eau.
Ces données ne concernent que les substances, lesquelles ne pèsent qu’entre 50 % et 80 % des produits commercialisés, le complément étant constitué par des adjuvants chimiques destinés à rendre la substance active plus pénétrante et agressive. Ces adjuvants peuvent être aussi toxiques que la substance elle-même. En 2021, 2 182 tonnes et 2,6 millions de litres de produits pesticides ont été achetés dans le département. Il s’agit d’usages agricoles dans 98 % des cas, en application de la loi Labbé de 2014.


307 substances pesticides ont été utilisées en 2021 dans le département, dont 220 soumises à la redevance pour pollutions diffuses (RPD). Ces dernières pèsent pour 63 % du tonnage total des pesticides.
Parmi les substances soumises à la RPD, 63 substances sont CMR (cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction) ; elles représentent 28 % des tonnages.
82 substances sont listées comme perturbateurs endocriniens avérés ou présumés, elles pèsent pour 55 % des substances soumises à la RPD.
Sur l’ensemble du département, la pression pesticide hors soufre par hectare de surface agricole est de 4.2 kg, atteignant le double sur les secteurs viticoles.
Totalisant 676 tonnes, les 91 substances herbicides achetées présentent une baisse de -14,6 %.
Cette baisse est tirée par une régression de -27 % des achats de glyphosate, après un pic historique en 2020. Mais avec 252 tonnes de glyphosate, la Charente-Maritime reste le premier département acheteur. En 2021, l’Inserm a confirmé la génotoxicité du glyphosate.
Le prosulfocarbe avec 109 tonnes en 2021 est le second herbicide le plus utilisé, notamment en Aunis. Il est fortement toxique pour les milieux aquatiques et susceptible d’être cancérogène et de provoquer une neurotoxicité pour le développement.
Les 89 fongicides de synthèse utilisés avec 819 tonnes sont en hausse de 13 %, avec des variations selon leur classe de toxicité.
Pour les 34 substances insecticides de synthèse les plus achetées, il est constaté une hausse de +13 %. les insecticides tolérés en agriculture biologique poursuivent leur progression.
Les substances de régulation de croissance, nématicides, sont plutôt stationnaires depuis 3 ans.
Les substances classées « Autre » (non soumises à une redevance pour pollutions diffuses) ne sont pas sans risques. Elles sont souvent associées à des substances plus toxiques, intègrent aussi des adjuvants chimiques ; elles nécessitent des dosages beaucoup plus importants et des traitements plus fréquents.
Depuis 30 ans, des milliers d’études confirment les ravages sur l’ensemble du vivant et sur la santé humaine provoqués par ces substances de synthèse.
En 2008, un premier plan Ecophyto posait l’objectif d’une réduction de 50 % de l’utilisation de pesticides en dix ans. L’évolution des achats depuis cette date montre l’échec de ce premier plan, malgré plus de 500 millions d’euros engloutis.
Il fut relayé par le plan Ecophyto II+ du 13 juin 2019, avec une dotation de 70 millions d’euros par an. Le résultat n’est pas plus probant au regard de la trajectoire à respecter pour une baisse de -50 % d’ici 2025.
Avec ces fonds, des subventions pour des acquisitions matérielles, des formations, des communications, des études, des essais se multiplient depuis des années, elles se cumulent avec des dispositifs d’autres dispositifs (PDRR, PCAE, PVE, programmes -Sources, etc.). La nouvelle PAC avait suscité des espoirs mais sa déclinaison française avec le Plan Stratégique National ne fait que prolonger les modalités antérieures avec quelques évolutions très marginales.
La faible progression de l’agriculture biologique – répertoriée à 4,5 % de la SAU en Charente-Maritime alors que ce ratio s’élève à 10 % au niveau national, et la hausse de 20 % des surfaces du vignoble en pratique conventionnelle ne peuvent être propices à une forte régression des pesticides de synthèse.
Les fermes Dephy et l’essor du label HVE3 (Haute Valeur Environnementale) sont présentés comme l’assurance d’une transition agricole mais n’y sont pas remis en cause les pires agrotoxiques.
Les pouvoirs publics poursuivent aujourd’hui l’engagement de moyens importants pour soutenir les alternatives aux pesticides, principalement avec l’INRAE dans le cadre d’un programme prioritaire de recherche ; l’agroécologie et les alternatives aux pesticides sont au coeur de la feuille de route 2030 de l’INRAE qui coopère sur ces thèmes avec les instituts de recherche de vingt pays européens.
Il serait temps que ces dépenses publiques se traduisent enfin dans une réelle transition agroécologique de l’agriculture.
Synthèse ACHATS 2021 SUBSTANCES PESTICIDES en CHARENTE-MARITIME